Collège Druidique des Gaules

Collège Druidique des Gaules

Les Séries, édition du Barzaz Breiz de Théodore Hersart de la Villemarqué, 1846

Théodore Hersart de La Villemarqué

Barzaz Breiz

édition de 1846

 

 

LES SÉRIES,

 

OU 

 

LE DRUIDE ET L’ENFANT

 

 

______

 

ARGUMENT.

 

La pièce par laquelle nous ouvrons ce recueil est une des plus curieuses et peut-être la plus ancienne de la poésie bretonne. C’est un dialogue entre un druide et un enfant, où l’écolier apprend du maître en combien de branches se divisent les connaissances humaines, la cosmogonie, la théologie, la géographie, la chronologie, l'astronomie, la magie, la médecine, l'histoire, ramifications principales d’un tout scientifique, qui part de l’unité pour s’arrêter au nombre douze. Chose extraordinaire, l’empire de la coutume est tel en Bretagne, parmi le peuple des campagnes, que les pères, sans le comprendre, continuent d’enseigner à leurs enfants, qui ne l’entendent pas davantage, le chant mystérieux et sacré qu’enseignaient les druides à leurs ancêtres. Les difficultés qu’il présente sont telles, que je n’ose me flatter d’avoir toujours parfaitement réussi, soit dans ma traduction, soit dans les explications dont la pièce est suivie. Elle est particulièrement populaire en Cornouaille, où je l’ai entendu chanter pour la première fois à un jeune paysan nommé Per Michelet, de la paroisse de Nizon. Sa mère la lui avait apprise, me dit-il, pour lui former la mémoire.

 

 

 

LES SÉRIES.

 

(Dialecte de Cornouaille.)

 

 

 

LE DRUIDE.

Tout beau, enfant blanc du Druide ; réponds-moi ; tout beau, que veux-tu ? Que te chanterai-je ?

 

 

L’ENFANT.

— Chante-moi la série du nombre un, jusqu’à ce que je l’apprenne aujourd’hui.

 

 

LE DRUIDE.

— Pas de série pour le nombre un : la Nécessité unique ; le Trépas, père de la douleur ; rien avant, rien de plus.

Tout beau, enfant blanc du Druide ; réponds-moi ; que veux-tu ? Que te chanterai-je ?

 

 

L’ENFANT.

— Chante-moi la série du nombre deux, jusqu’à ce que je l’apprenne aujourd’hui.

 

 

LE DRUIDE.

— Deux bœufs attelés à une coque ; ils tirent, ils vont expirer ; voyez la merveille !

Pas de série pour le nombre un : la Nécessité unique ; le Trépas, père de la douleur ; rien avant, rien de plus. 

 

Tout beau, enfant blanc du Druide ; que te chanterai-je ?

 

 

L’ENFANT.

— Chante-moi la série du nombre trois, etc.

 

 

LE DRUIDE.

— Il y a trois parties dans le monde : trois commencements et trois fins, pour l’homme et pour le chêne aussi.

Trois royaumes de Merzin (Merlin) ; fruits d’or, fleurs brillantes, petits enfants qui rient.

Deux bœufs attelés à une coque, etc.

La Nécessité unique, etc.

Tout beau, etc. Que te chanterai-je ?

 

 

L’ENFANT.

— Chante-moi la série du nombre quatre, etc.

 

 

LE DRUIDE.

Il y a quatre pierres à aiguiser : pierres à aiguiser de Merlin, qui aiguisent les épées rapides. Il y a trois parties dans le monde, etc.

Deux bœufs, etc. La Nécessité unique, etc.

Tout beau… Que te chanterai-je ?

 

 

L’ENFANT.

— Chante-moi la série du nombre cinq, etc.

 

 

LE DRUIDE.

Il y a cinq zones autour de la terre : cinq âges dans la durée du temps ; un dolmen sur notre sœur.

Il y a cinq pierres à aiguiser, etc. 

 

Trois parties dans le monde, etc.

Deux bœufs, etc.

La Nécessité unique, etc.

Tout beau… Que le chanterai-je ?

 

 

L’ENFANT.

— Chante-moi la série du nombre six, etc.

 

 

LE DRUIDE.

— Il y a six petits enfants de cire, vivifiés par l’énergie de la lune ; si tu ne sais pas, moi je sais.

Il y a six plantes médicinales dans le petit chaudron ; le petit nain mêle le breuvage, le petit doigt dans la bouche.

Cinq zones terrestres, etc.

Quatre pierres à aiguiser, etc.

Trois parties dans le monde, etc.

Deux bœufs, etc.

La Nécessité unique, etc. Tout beau…

Que te chanterai-je ?

 

 

L’ENFANT.

Chante-moi la série du nombre sept, etc.

 

 

LE DRUIDE.

Il y a sept soleils et sept lunes, sept planètes avec la poule.  Sept éléments avec la farine de l’air (les atomes).

Six petits enfants de cire, etc.

Cinq zones terrestres, etc.

Quatre pierres à aiguiser, etc. 

 

Trois parties dans le monde, etc.

Deux bœufs, etc.

La Nécessité unique, etc.

Tout beau… Que te chanterai-je ?

 

 

L’ENFANT.

— Chante-moi la série du nombre huit, etc.

 

 

LE DRUIDE.

— Il y a huit vents qui soufflent ; huit feux avec le feu du père, allumés au mois de mai sur la montagne de la guerre.

Huit génisses de la blancheur éclatante de l’écume des mers, paissant l’herbe de l’île profonde ; huit génisses blanches à la Dame.

Sept soleils et sept lunes, etc.

Six petits enfants de cire, etc.

Cinq zones terrestres, etc.

Quatre pierres à aiguiser, etc.

Trois parties dans le monde, etc.

Deux bœufs, etc.

La Nécessité unique, etc.

Tout beau… Que te chanterai-je ?

 

 

L’ENFANT.

— Chante-moi la série du nombre neuf.

 

 

LE DRUIDE.

— Il y a neuf petites mains blanches sur la table de l’aire, près de la tour de Lezarmeur, et neuf mères qui poussent de grands gémissements.

Il y a neuf korrigan qui dansent avec des fleurs dans les cheveux et des robes de laine blanche, autour de la fontaine, à la clarté de la pleine lune. 

 

Il y a la laie et ses neuf marcassins, à la porte du château, leur bauge, grognant et fouissant, fouissant et grognant ; petit ! petit ! petit ! accourez au pommier ! le vieux sanglier va vous faire la leçon.

Il y a huit vents, etc.

Sept soleils et sept lunes, etc.

Six petits enfants de cire, etc.

Cinq zones terrestres, etc.

Quatre pierres à aiguiser, etc.,

Trois parties dans le monde, etc.

Deux bœufs, etc.

La Nécessité unique, etc.

Tout beau… Que te chanterai-je ?

 

 

L’ENFANT.

— Chante-moi la série du nombre dix.

 

 

LE DRUIDE.

— Dix vaisseaux ennemis ont été vus venant de Nantes: Malheur à vous ! malheur à eux ! hommes du Vannes !

Neuf petites mains blanches, etc.

Huit vents qui soufflent, etc.

Sept soleils et sept lunes, etc.

Six petits enfants de cire, etc.

Cinq zones terrestres, etc.

Quatre pierres à aiguiser, etc.

Trois parties dans le monde, etc.

Deux bœufs, etc.

La Nécessité unique, etc.

Tout beau… Que te chanterai-je ?

 

 

L’ENFANT.

— Chante-moi la série du nombre onze, etc.

 

 

LE DRUIDE.

— Onze bélek armés, venant de Vannes, avec leurs épées brisées ;

Et leurs robes ensanglantées ; et des béquilles de coudrier ; de trois cents il ne reste qu’eux onze.

Dix vaisseaux ennemis, etc.

Neuf petites mains blanches, etc.

Huit vents, etc.

Sept soleils, etc.

Six petits enfants de cire, etc.

Cinq zones terrestres, etc.

Quatre pierres à aiguiser, etc.

Trois parties du monde, etc.

Deux bœufs, etc.

La Nécessité unique, etc.

Tout beau, enfant blanc du Druide ; réponds-moi, que me veus-tu ? Que te chanterai-je ?

 

 

L’ENFANT.

Chante-moi la série du nombre douze, jusqu’à ce que je l’apprenne aujourd’hui.

 

 

LE DRUIDE.

— Il y a douze mois et douze signes ; l’avant-dernier, le Sagittaire, décoche sa flèche armée d’un dard.

Les douze signes sont en guerre. La belle vache, la vache noire à l’étoile blanche au front, sort de la forêt des dépouilles ; 

 

Dans la poitrine le dard de la flèche ; son sang coule ; elle beugle, tête levée ;

La trombe sonne : feu et tonnerre ; pluie et vent; tonnerre et feu ; rien ; plus rien ; rien, ni série !

 

Onze bélek armés, etc.

Dix vaisseaux ennemis, etc.

Neuf petites mains blanches, etc.

Huit vents, etc.

Sept soleils, etc.

Six petits enfants de cire, etc.

Cinq zones autour de la terre, etc.

Quatre pierres à aiguiser, etc.

Trois parties du monde, etc.

Deux bœufs, etc.

Point de série pour le nombre un ; la Nécessité unique, le Trépas, père de la douleur ; rien avant, rien de plus.

 

 

 

 

Version bretonne



01/07/2017
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